Le debrief de Clem

Jusqu’à présent, je vous ai posté des belles images, signe que ce voyage est plutôt idyllique sur tous les plans : aucune galère, un bateau idéal qui fonctionne très bien, un mari et des enfants formidables, des paysages magnifiques et variés, de belles rencontres. Jusqu’à présent…

Voilà comment certains équipages m’avaient vendu cette traversée de l’Atlantique : « vous êtes arrivés jusqu’au Cap-Vert, vous avez fait le plus dur, la traversée de l’Atlantique, c’est du gâteau à côté » ou « tu verras, quand tu traverses l’Atlantique, la nav’ est très agréable, les vagues arrivent par l’arrière du bateau, la houle est longue et régulière, le vent est constant et pas trop fort, juste ce qu’il faut, tu vas en profiter pour faire avancer les enfants sur leur programme d’école au maximum, ils vont t’aider à faire la vaisselle »… Que neni…

Nous sommes partis le 30 décembre de Mindelo au Cap-Vert. Nos quatre parents nous ont accompagnés jusqu’au quai pour nous dire au-revoir, nous avons accueillis Edouard et Adrien avec joie. Et c’était parti. Une fois sortis du chenal entre Santo Antao et Sao Vicente, la mer s’est formée, le vent s’est levé. Et nous sommes restés dans ce mode « power plate » pendant les 13 jours de cette longue navigation à travers l’Atlantique. Je dois vous avouer que je l’ai trouvée très longue cette traversée. Aucun répit, des mouvements continuels de droite à gauche, de haut en bas, des vagues qui viennent se plaquer violemment sur et sous la coque, …

J’ai eu du mal à trouver l’énergie nécessaire pour tout faire sereinement et trouver des occupations sympas pour les enfants. La première semaine a été assez tendue entre les enfants et moi, le temps que nous prenions nos marques dans ce nouveau mode de voyage. Le matin, j’étais responsable de quart entre 6h et 9h, j’étais donc chargée d’accueillir les enfants pour leur petit déjeuner. Quand un matin, après avoir servi les 4 bols de chocolat en me concentrant pour que rien ne valse, Maxence commence un colère car la couleur de son bol ne lui convenait pas, je dois vous avouer que je suis partie au quart de tour direct et que Maxence a fait un retour express dans sa couchette (en remontant, les trois autres bols avaient valsé…). Une ou deux fois, quand je jugeais que les enfants mettaient trop de temps pour aller se coucher, je les menaçais de les coucher dans l’annexe ;-)… La deuxième semaine, j’ai lâché prise et ai toléré davantage de DVD et de jeux vidéos afin d’avoir des moments de soupape dans la journée. L’ambiance était donc beaucoup plus détendue. Autant vous dire que les vacances de Noël des garçons ont été prolongées, impossible de les faire travailler!

En débriefant cette navigation avec Edouard et Adrien, il semble qu’ils n’ont pas vécu la traversée de la même manière que moi, car ils ont pu s’accorder ces fameux moments de soupape quand ils le voulaient dans la journée.

Bref, je n’ai pas adoré cette longue navigation, je ne réitèrerai sans doute pas l’expérience mais suis tout de même très heureuse de l’avoir vécue. La magie de la vie fait que les galères se transforment souvent en beaux souvenirs.

De très belles images resteront gravées dans ma mémoire : les déjeuners et les dîners entre adultes très sympathiques (nous avons réussi à nous faire des bonnes bouffes et à coucher les enfants pendant tous les repas), l’optimiste et l’enthousiasme permanent d’Antoine, Edouard et Adrien, la joie des enfants qui ont pris beaucoup de plaisir à pêcher et à jouer au kems avec Edouard et Adrien, les levers et couchers du soleil, la beauté de la mer.

Mille mercis à Edouard et Adrien de nous avoir accompagnés et aidés dans cette aventure et d’avoir supportée notre famille pendant ces deux semaines. Je pense qu’avec Antoine, ils totalisent une cinquantaine de prises de ris, harnachés à l’avant du bateau, se faisant brasser par les vagues et le vent. Grâce au sang froid, à l’optimisme et au calme des trois grands navigateurs, je n’ai senti aucune tension à bord, j’ai trouvé cela très appréciable.

Après 2100 milles parcourus et 13 jours + 3h en mer, nous sommes arrivés dans l’archipel des Saintes en Guadeloupe.

Une petite histoire rigolote pour clôturer cette longue navigation : nous sommes donc arrivés vers 18h aux Saintes après avoir tenté deux fois de mouiller correctement dans une nuit noire, les enfants se sont tous douchés et ont sorti leur dernier tee-shirt propre en vue de se faire une bonne bouffe à terre. Nous descendons l’annexe, le moteur est réinstallé mais impossible de le démarrer… Edouard et Adrien sont restés une demi-heure dans l’annexe pour essayer de le réparer, il fallait voir les enfants alignés sur la jupe du bateau, trépignant en les regardant travailler dans l’annexe avec leur frontale. Du coup, notre soirée de fête s’est terminée avec un bon vieux plat de pâtes à bord ! Baptiste en a pleuré, Maxou le suivait partout en lui disant « c’est la vie Baptiste, c’est de la faute de personne si le moteur ne démarre pas, c’est pas grave, on ira demain au resto ».

Nous nous sommes bien rattrapés le lendemain, les Saintes sont magnifiques.

Clémence
14 commentaires
  1. Bravo Clémence.
    C’est toi qui avait le plus gros job : assurer un quart et avoir la responsabilité des 4 enfants une bonne partie de la journée et à chaque fois que la navigation occupait le reste de l’équipage. J’ai bien aimé le récit du petit déjeuner et suis certain que ce sera un de tes fameux souvenirs à raconter plus tard.

  2. Extra et Bravo! « Once in a life time »… C’est fait!
    Profitez bien de la terre ferme!
    Biz (et merci pour la carte de voeux! je vs enverrai une photo de la notre car pas d’adresse aux Saintes -:()!

  3. C’est bien de l’avoir écrit à chaud, on sent bien derrière le vécu de la maman excédée! ;-)
    Bravo à vous tous, l’épreuve a été rude mais n’en sera que plus inoubliable!!!

  4. ah voila ca c’est un vrai debrief ou on se reconnait bien que moi je crois que je me serai dessechee comme une bonne vieille baleine echouee qui se respecte surtout que j’ai l’impression que mon meilleur ami le coussin pouf bleu n’a pas souvent pris l’air!!! Tu as vu, tu as vecu et tu as vaincu ma clem! Bravo c’etait ton marathon a toi et tu commences 2015 avec une bonne case de cochee donc profites maintenant pleinement avec un bon planteur! a ta sante :-)
    besos

  5. Admiration et respect, bravo Clem !
    C’est sympa de nous faire partager cette version « à chaud », on imagine les moments de stress avec les kids qui devaient subir aussi ces conditions diaboliques…
    Maintenant le plus dur est vraiment fait, profitez de ces paysages canons et de l’eau chaude & turquoise
    Kiss

  6. Bravo Clem et bravo pour ce courage pendant toute cette traversée épique !
    Respect d’avoir tout géré d’une main de maitre ! et merci de nous faire partager aussi ces moments plus difficiles.
    Bravo à tous, vous nous manquez!

  7. Je compatis, d’autant que le coup de la couleur du bol n’est pas une légende recente car deja experimentée en corse avec vous en aout avec les 5…Je constate cela dit que le bol « valsant » peut aussi arriver avec seulement 1 tornade ayant un bon entrainement et sur la terre ferme :)
    En revanche, étonnant, aucune histoire de vovo ? Edouard ?
    profitez bien des langoustes bien méritées

  8. You rock Sista !!
    Profite bien des caraïbes!!
    Bizzzzz

  9. J’aime bien vos récits ,c’est aussi cela l’Atlantique .Si l’autoroute des alizés était si idyllique elle serait payante.L’histoire veut que l’on conserve les meilleurs moments surtout quelques mois après. A présent profitez bien des Saintes et reposez vous.Amicalement Nadine et Guy.

  10. J’adore ton debrief tellement sincère!!! On al’impression d’y être.
    En tout cas, le meilleur est devant vous!
    On vous embrasse tous bien fort!
    Aurélie

  11. Tu sais Clém le petit déjeuner qui se passe comme ça, ça aussi sur terre ferme (enfin chez nous ça arrive…) Vive les mamans :) Bravo en tout cas, immense respect et merci de cette bonne tranche de vie à chaud.

  12. Alors là, Clèm, BRAVO ! ton récit est tellement vrai ,…on sent que c’est du vécu….Cela devait être une vraie galère…Mais tu le racontes tellement bien que j’ai bien souri en vous imaginant en situation!Je te comprends tellement bien ….En tous les cas , CHAPEAU !!!
    On vous embrasse et PROFITEZ ….

  13. Avec du retard, un grand merci pour vos voeux. Bien sûr, nous vous retournons les nôtres : bon vent sur la mer, et bonne chance dans votre vie de routards.
    Surtout, merci de nous faire partager votre expérience, vos joies, vos galères, la vie à bord, les réflexions des enfants, les magnifiques photos, et les vidéos.
    C’est vraiment un régal de vous suivre. Bravo…

  14. Ce ne sont pas les chemins faciles et sablonneux qui forgent les caractères, par contre, d’un sentier caillouteux et escarpé, tu sortiras toujours plus forte. Ce genre d’épreuve , qui plus est vécue en famille, soude et crée des liens d’une solidité à la mesure des difficultés surmontées. Bravo maman et bravo aussi à l’équipage!!! Dans ce genre de situation ce sont ceux qui ont le plus de difficultés qui sont les plus méritants et tout est affaire de dosage… Comme pour le ti-punch que vous avez bien mérité de savourer.
    Max qui a bien pensé à vs en regardant les fichiers grib…
    PS: Pour ce qui est des bols, il vaut mieux en avoir de la mauvaise couleur que pas de bol du tout!

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